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Depuis la présentation du projet de Réforme Globale
de l'Administration Publique (RGAP), en 1997, le Collectif syndical
CGT-B soit seul, soit avec d'autres organisations syndicales, après
une analyse approfondie dudit projet, n'a eu de cesse de dénoncer
cette entreprise qui entre autres entraînait la privatisation
des services publics, la précarisation des emplois de la
Fonction publique, le blocage des carrières des agents publics.
Ainsi, jusqu'à l'adoption de la Réforme en 1998
et même après, plusieurs actions d'envergure ont été
menées :
- campagnes d'explication dans la quasi-totalité des provinces
du pays, afin de sensibiliser et mobiliser les travailleurs ainsi
que l'opinion publique contre cette Réforme et ses effets
pervers;
- organisation de manifestations diverses (grèves, marches,
meetings, etc.) pour dénoncer le projet, puis exiger l'abandon
du projet de loi;
- intervention à l'Assemblée Nationale pour expliquer
et dissuader les députés de voter la réforme
;
- organisation d'une pétition ;
- etc.
Comme alternative au rejet de la réforme, notre collectif
syndical proposait une relecture concertée du statut général
de la Fonction publique.
Malgré la campagne et les luttes menées contre la
Réforme, l'Assemblée Nationale a, courant 1998, adopté
les lois 10/98/AN, 13/98/AN et 20/98/AN qui consacrent la Réforme
Globale de l'Administration Publique.
Mais cela ne signifie nullement que la lutte menée contre
la réforme a été vaine. En effet, non seulement
la lutte a retardé l'adoption de celle-ci mais aussi nos
analyses ont obligé les autorités à réviser
certaines des dispositions que nous dénoncions.
Cela a abouti entre autres :
- à la conservation du statut de fonctionnaire pour la plupart
des agents en service à la date d'adoption de la loi ;
- à la révision à la baisse des seuils de performance
exigés pour les avancements d'échelon et de classe
(6/10 et 8/10 au lieu de 8 et 9 sur 10)
- au maintien des contrats à durée indéterminée
en lieu et place des contrats à durée déterminée
;
- à la suppression des tableaux d'avancement ;
- etc.
Malgré ces changements, notre Collectif a continué
à dénoncer la réforme et à exiger son
abrogation. Cette position se fonde sur les faits suivants:
- la précarisation des emplois reste l'une des caractéristiques
essentielles de la réforme ;
- la révision de la classification catégorielle et
l'allongement des échelons conduisent à une baisse
déguisée des salaires ;
- des pouvoirs excessifs sont accordés au gouvernement en
matière de recrutement, d'avancement et de sanctions ;
- le système d'évaluation apparaît plus clairement
aujourd'hui comme un moyen de bloquer les avancements et de limiter
au maximum les reclassements avec des modalités qui ouvrent
la voie à l'arbitraire et au subjectivisme.
Du reste, nous notons que la relecture de la loi 013 a offert au
gouvernement l'opportunité de retirer les dispositions selon
lesquelles les agents de la Fonction publique devaient, à
la suite de leur reversement dans le nouveau régime le 1er
janvier 1999, conserver leur ancienneté et bénéficier
d'avancement de classe.
Actuellement, après huit ans de piétinement, de tentatives
infructueuses, le gouvernement s'active à mettre en uvre
un système d'évaluation. Pour ce faire, il a remplacé
les contrats d'objectifs par des fiches d'indications des attentes
et des lettres de mission.
Pour autant, peut-on dire que les conditions sont maintenant réunies
pour une évaluation équitable et objective des agents
de l'Etat ?
Le collectif syndical CGT-B répond par la négative.
Et pour cause !
1. De l'iniquité dans l'évaluation des agents publics
:
La loi n°013/98/AN du 28 avril 1998, en ses articles 78 (pour
les fonctionnaires) et 192 (pour les agents contractuels) stipule
que tous les agents de l'Etat doivent faire l'objet d'une évaluation
annuelle.
En violation de ces dispositions, le décret n°2005-679/PRES/PM/MFPRE/MFB
du 30 décembre 2005 portant dérogation au système
d'évaluation des agents publics, exempte de fait certaines
catégories de travailleurs de l'évaluation. Ainsi,
ce décret prévoit que :
" les présidents d'institutions publiques, les membres
du gouvernement, les personnalités ayant rang de ministre,
les députés, les ambassadeurs, les consuls généraux
ayant qualité de fonctionnaire ou de contractuel de l'Etat,
ne sont pas soumis à la procédure d'évaluation
pendant la durée de leur fonction ou mandat.
Les intéressés reçoivent annuellement la note
de 09 / 10. "
Le décret précise même que " pour l'attribution
de la note indiquée à l'article 1, toute année
entamée est décomptée comme année entière
et toute autre note décernée en référence
à cette période est considérée nulle
et de nul effet. "
Concrètement, cela signifie que cette catégorie de
fonctionnaires et contractuels de l'Etat, travaille de manière
excellente pour l'Etat puisqu'ils sont systématiquement notés
09 / 10 !
La dérogation ainsi accordée aux autorités,
dérogation élargie aux présidents d'institutions,
députés, ambassadeurs, consuls généraux
est foncièrement antidémocratique et aux antipodes
de la bonne gouvernance. Rien ne peut justifier la note de 9 sur
10 octroyée d'office à cette catégorie de fonctionnaires
et contractuels de l'Etat car, le simple fait de les nommer ne fait
pas d'eux les plus compétents ou intègres. Des contre
- exemples peuvent être cités.
De plus, il est maintenant d'usage que cette même catégorie,
une fois nommée, bénéficie de décorations,
lesquelles donnent droit à une bonification d'échelons.
En clair, avec des décorations et bonifications d'échelons,
des notes d'office excellentes, on prépare ainsi une catégorie
de fonctionnaires qui n'aura besoin ni de l'ancienneté, ni
de la compétence pour crever très tôt le plafond
dans la hiérarchie de l'administration, pourvu qu'ils aient
toujours la bonne carte politique.
En tout état de cause, les travailleurs honnêtes sont
en droit de s'inquiéter pour leur évaluation par des
premiers responsables dont la carrière ne souffre aucunement
des échecs ou des défaillances qui pourraient apparaître
dans leur gestion.
Cette mesure confirme toute la justesse de la lutte menée
depuis 1997 contre la RGAP et particulièrement contre le
nouveau système d'évaluation qui, loin de viser une
administration publique performante, ambitionne non seulement la
précarisation des emplois, la maîtrise de la masse
salariale à travers un blocage des carrières des plus
nombreux et de créer deux catégories de travailleurs
dans une même fonction publique.
2. Des risques d'appréciation subjective des agents :
Le système d'évaluation distingue deux types d'agents
à noter :
- ceux qui sont nommés et qui sont supérieurs hiérarchiques
ayant un pouvoir de notation. Pour ceux-ci, l'évaluation
se fait à partir des lettres de mission que leurs supérieurs
hiérarchiques leur adressent. A partir des objectifs contenus
dans ces documents, ils élaborent des programmes d'activités
dont le taux de réalisation va déterminer la note
qui leur sera attribuée ;
- les agents qui sont sans pouvoir de notation. Pour ceux-là,
l'évaluation se fait sur la base d'une fiche d'indication
des attentes élaborée par le supérieur hiérarchique
direct en tenant compte du programme d'activités du service
et du décret portant description des emplois spécifiques
du ministère dont relève l'agent évalué.
La formulation des attentes et leur évaluation font intervenir
trois critères fondamentaux :
- la compétence professionnelle qui prend en compte l'efficacité,
le sens de l'organisation et l'esprit d'initiative ;
- la conscience professionnelle qui inclut la ponctualité,
l'assiduité et la probité ;
- le sens du service public pour lequel sont retenus l'esprit de
sacrifice, le respect du bien public et le respect de la hiérarchie.
Quand on sait quels critères prévalent dans les nominations
aux postes de responsabilité sous la 4ème république,
on mesure les risques d'appréciation subjective, de règlements
de comptes et de trafic d'influence dans la notation des agents.
A ces deux, on peut ajouter d'autres difficultés liées
aux faits suivants :
- les réformateurs ne disent pas quels critères objectifs
peuvent être définis dans des secteurs tels que la
santé et l'éducation pour permettre une évaluation
objective des agents (le supérieur hiérarchique immédiat
n'étant pas toujours le mieux placé pour apprécier
certaines compétences ) ;
- nombre de supérieurs hiérarchiques auront des difficultés
à élaborer les lettres de mission et les fiches d'indication
des attentes. On se rappelle les textes absurdes que certains responsables
administratifs, dans leur zèle à mettre en uvre
les contrats d'objectifs, ont tenté d'imposer à leurs
personnels (Lycée Provincial de Koudougou en 2004, DPEBA
de Koupéla en 2007) ;
- des difficultés objectives ne manqueront pas de se poser
dans la détermination des taux de réalisation, en
liaison avec la question des moyens nécessaires à
la réalisation des objectifs, ou plutôt des "
attentes ".
En conclusion, il y'a lieu de rappeler que la Réforme Globale
de l'Administration Publique a été initiée
avec pour objectif global de départ de rendre l'administration
plus performante et plus particulièrement pour combattre
un certain nombre de maux identifiés et qui ont pour noms
laxisme, gabegie, corruption, népotisme, détournements.
Quel bilan le gouvernement fait-il aujourd'hui de sa réforme
notamment par rapport à ces objectifs de départ ?
Assurément, les maux se sont aggravés et ont pris
aujourd'hui des proportions plus qu'inquiétantes.
C'est pourquoi le collectif syndical CGT-B maintient sa dénonciation
de la réforme globale de l'administration et exige son abrogation.
La solution aux maux de l'administration et aux difficultés
d'application de la réforme se trouve dans une relecture
concertée de l'ancien statut général de la
fonction publique.
NON À UNE ÉVALUATION INIQUE ET ARBITRAIRE DES AGENTS
PUBLICS !
NON À LA RGAP !
Fait à Ouagadougou, le 24 septembre 2007
Ont signé :
CGT-B
Tolé SAGNON , Secrétaire Général
SYNATEB
Tahirou TRAORE,Secrétaire Général
SYNATEL
Valentin SAWADOGO,Secrétaire Général
SYNATIC
Justin COULIBALY, Secrétaire Général
SYNTAS
Victor HIEN, Secrétaire Général
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